Révolution ! est le bulletin jeunes de la Fraction l'Étincelle. Il est diffusé dans plusieurs lycées ou facultés en région parisienne et en province.
Édito des bulletins L'Étincelle du 23 mai 2011
L’actualité ne se résume pas au feuilleton DSK. La jeunesse a fait irruption dans les rues de toute l’Espagne le 15 mai, au mépris du scrutin électoral, bientôt rejointe par toutes les générations dans l’occupation des places des grandes villes, dont la place de la Puerta del Sol à Madrid, où ils étaient encore 28 000 ce week-end. Cette mobilisation succède aux protestations de masse en Grèce, en Angleterre, au Portugal.
Contre les petits boulots ou pas de boulot du tout, contre la corruption de ceux qui se vautrent dans le luxe quand la misère s’accroît partout, contre « la dictature des marchés » et les plans de rigueur du gouvernement socialiste de Zapatero, ils ont été des dizaines de milliers à défiler à la veille des élections régionales et municipales.
Leur solidarité politique va d’emblée à cette jeunesse du monde arabe qui, de l’autre côté de la Méditerranée, a donné le coup d’envoi de la lutte contre les mêmes maux. Ils leur ont emprunté la spontanéité et le mode d’organisation, avec l’utilisation des réseaux sociaux comme premiers outils de mobilisation, suivi immédiatement par le militantisme sur le terrain pour imprimer des tracts, convaincre de la victoire possible, réunir les uns et les autres et décider tous ensemble de la marche à suivre. Et cette fois aussi, le reste de la population a commencé à rejoindre la contestation de la jeunesse.
Gauche, droite, même politique
En Espagne, tous en ont marre de cette gauche qui ressemble tellement à la droite et qui, dans un pays où le chômage des moins de 25 ans est de 45 %, veut prendre dans les poches des classes populaires de quoi relancer la machine à profits. Depuis un an, cela s’est traduit par le gel des pensions, une baisse des salaires des fonctionnaires de 5 %, la suppression d’une aide de 400 euros aux chômeurs en fin de droits, et l’augmentation de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans...
Notons aussi que les manifestants ont affirmé à l’issue du scrutin de ce weekend qu’ils ne faisaient pas plus confiance à la droite – qui vient de remporter la quasi-totalité des régions tandis que le Parti Socialiste chutait de 10 points – et qu’ils resteraient au moins une semaine de plus : le changement ne viendra pas des urnes, mais de la rue !
En France comme en Espagne, au Portugal, en Angleterre ou en Grèce…
La politique d’austérité en Espagne, imposée par le gouvernement socialiste comme elle l’est ici par le gouvernement Sarkozy, se retrouve dans tous les pays européens. En Grèce, le gouvernement socialiste, sous pression de ce FMI dirigé jusque-là par DSK, vient de s’engager à récupérer 16 à 20 milliards d’euros d’ici 2013 grâce à des privatisations : tout, ou presque, est à vendre !
En France, pour l’heure, la situation politicienne est inversée. La droite est au gouvernement, et c’est la gauche qui est à la tête de la quasi-totalité des régions. Mais le résultat social est le même, et ce n’est pas le scrutin présidentiel de 2012 qui changera la donne ! Les jeunes de la Puerta del Sol ne se trompent pas en narguant le pouvoir et en lui tenant tête, en faisant en sorte d’être toujours plus nombreux et têtus. C’est sur le terrain des luttes que nous gagnerons si nous sommes suffisamment nombreux pour faire craindre aux patrons et à la bourgeoisie de tout perdre !
Mais pour cela, il faudra, en Espagne comme ici, qu’en plus de la jeunesse les travailleurs de tous les secteurs, publics comme privés, se rejoignent pour en finir avec l’exploitation, le chômage, la pauvreté, et s’offrir un avenir. Certains ont rebaptisé la Puerta del Sol « place Tahrir ». Bon nombre de places, à Paris et ailleurs, pourraient bien, dans un avenir proche, adopter ainsi de nouveaux noms…