Révolution ! est le bulletin jeunes de la Fraction l'Étincelle. Il est diffusé dans plusieurs lycées ou facultés en région parisienne et en province.
Édito des bulletins L'Étincelle du 13 décembre 2011
La semaine dernière, des usagers en colère ont envahi plusieurs gares, dont celle de Blois, pour protester contre les nouveaux horaires de train. Des mères de famille n’auront plus le temps de déposer leurs enfants à la crèche, des salariés ne pourront plus arriver à l’heure au travail ou devront se lever une ou deux heures plus tôt, pour rentrer ensuite beaucoup plus tard chez eux le soir… à la condition qu’ils aient encore un train.
Guillaume Pépy, le président de la SNCF, répond qu’on ne peut pas satisfaire tout le monde à la fois et ose même prétendre qu’il défendrait « l’intérêt général ». Mais on peut d’abord remarquer que tout a été décidé par quelques technocrates, sans tenir compte de l’avis des voyageurs, sauf en de très rares endroits où des associations ont réussi à se faire entendre et à obtenir des rectifications qui sont loin de leur suffire. La médiation dont a été chargée, après coup, l’ancienne dirigeante syndicale Nicole Notat devenue femme d’affaires, n’est rien d’autre qu’une opération de communication puisque les nouveaux horaires sont déjà entrés en vigueur.
La rentabilité financière contre le service public
Le « cadencement » des trains de voyageurs permettrait théoriquement une amélioration de la lisibilité des horaires et de la régularité. Mais il nécessiterait des investissements en voies supplémentaires pour permettre aux trains de se croiser, ainsi que des créations de postes. Trop cher pour la SNCF, qui propose de n’ajouter qu’un nombre infime de conducteurs sur tout le réseau voyageurs. Trains supprimés, temps de trajet qui s’allongent en banlieue ou en région, les nouveaux horaires sont loin de profiter aux salariés qui prennent le train quotidiennement. Et la gestion à flux tendu qu’ils accentuent promet de belles pagailles en cas d’incident.
Les véritables raisons de la SNCF, totalement étrangères à l’intérêt public, sont avant tout sa volonté d’augmenter encore la rentabilité, faire davantage de profits et s’ouvrir à la concurrence.
Enfin, la SNCF ne peut plus échapper à la nécessité de remettre en état une partie du réseau qui est aujourd’hui dans un état catastrophique, car il a été laissé sans entretien pendant des années, au point que certains trains ne peuvent plus dépasser sans danger 30 km/h sur certaines voies. Une situation absurde, à une époque où les TGV roulent à 300 km/h ! Ces travaux, confiés à des entreprises privées, vont s’effectuer de nuit, dans des conditions souvent dangereuses : trois ouvriers d’Alstom l’ont déjà payé de leur vie le 1er décembre, dans la Meuse.
Trains pour riches et trains pour pauvres
Seule la rentabilité compte : les guichets ferment les uns après les autres, les tarifs variables sont incompréhensibles, les conducteurs sont de plus en plus souvent seuls à bord, des trains sont supprimés parce qu’ils ne transportent pas assez de monde, au détriment du bon sens et de la sécurité, puisque certains voyageurs devront utiliser leur voiture. Sans compter un système à deux vitesses : d’un côté des trains de luxe ultra rapides… et ultra chers, de l’autre des TER et RER poussifs aux retards incessants, où les voyageurs doivent s’entasser debout.
La SNCF et l’Etat aimeraient bien détourner la colère des voyageurs contre les cheminots présentés régulièrement par les médias comme des privilégiés. Mais les cheminots sont eux aussi victimes de ce bouleversement qui va contribuer à aggraver des conditions de travail qui n’ont cessé de se dégrader, car la SNCF leur en demande chaque jour davantage. Les cheminots, qui étaient 360 000 en 1960, ne sont plus que 160 000 aujourd’hui, et chaque année des milliers d’emplois sont supprimés. La productivité de la SNCF (pas son efficacité !) a explosé en un demi-siècle.
Alors, non seulement les usagers ont raison de se mettre en colère, mais il faut qu’ils s’unissent aux cheminots pour exiger de véritables services publics organisés non plus en fonction du profit, mais de l’intérêt de tous.