Révolution ! est le bulletin jeunes de la Fraction l'Étincelle. Il est diffusé dans plusieurs lycées ou facultés en région parisienne et en province.
On compte plus d'une quarantaine de morts et plusieurs milliers de blessés parmi les manifestants de la Place Tahrir, venus affirmer leur volonté de « ne pas se faire voler la révolution ». L'armée et la police n'ont pas hésité à ouvrir le feu, et pour cause : les militaires qui exercent le pouvoir depuis la chute de Moubarak ont été pendant des années les plus fidèles soutiens de la dictature. Pendant ce temps, la population égyptienne continue à subir les mêmes problèmes qu'avant la révolution : les salaires sont restés trop bas, le chômage trop élevé, et de manière générale, les conditions de vie des classes populaires ne se sont pas améliorées.
Les manifestations de la Place Tahrir et les grèves courageuses qui éclatent un peu partout depuis plusieurs semaines montrent qu'une partie des révolutionnaires de janvier a compris que ni les militaires, ni les islamistes s'ils sont élus, n'ont l'intention d'établir réellement la démocratie dans le pays et de résoudre les problèmes des classes populaires. Ce sont des pantins interchangeables, qui n'ont vocation qu'à défendre l'ordre capitaliste contre les intérêts de la population. La déception s'est transformée en révolte contre les faux amis, qui juraient hier la main sur le cœur qu'ils combattaient Moubarak alors qu'aujourd'hui ils tournent leurs armes contre les manifestants.
Puisque ceux qui prétendent diriger l'Égypte refusent de répondre aux attentes de la population, c'est aux travailleurs de prendre les choses en main. Car la classe ouvrière est la seule force sociale capable de faire aboutir le mouvement de contestation. On a pu le constater à l'hiver dernier, lorsque trois jours de grève des dockers du canal de Suez et les centaines d'autres dans tous les secteurs de l'économie ont suffi à provoquer la chute de Moubarak. Mais il faudra plus que des grèves même massives. Il faudra aussi que les travailleurs d'Égypte revendiquent la direction du mouvement, avec pour perspective de renverser non seulement la dictature, mais aussi l'ordre social capitaliste avec son cortège d'exploitation, de misère et de répression.
Il faut espérer que parmi les manifestants de la Place Tahrir se trouvent des travailleurs prêts à s'organiser pour proposer cette perspective, prêts à construire un parti ouvrier qui défende réellement les intérêts des classes populaires en proposant des perspectives à ceux qui se révoltent contre la dictature militaire. C'est à cette condition que les insurgés d'Égypte pourront éviter qu'on ne leur « vole » leur révolution.