Révolution ! est le bulletin jeunes de la Fraction l'Étincelle. Il est diffusé dans plusieurs lycées ou facultés en région parisienne et en province.
Édito des bulletins L'Étincelle du 29 mars 2010
En fin de semaine dernière, les dirigeants des 16 pays de la « zone euro », avec en tête Angela Merkel, ont décidé de mesures et sanctions contre l’Etat grec – « maillon faible » de l’Europe dont les déficits exorbitants menaceraient la confiance dans la monnaie européenne. D’où un mixte de conseil de discipline et commission de surendettement, qui a décidé que 20 milliards d’euros pourraient encore être prêtés à la Grèce, prélevés sur les caisses de l’Europe et du FMI, mais en échange d’économies drastiques sur les dépenses publiques.
Hausse des taxes et passage de la TVA de 19 % à 21 %, poursuite des privatisations et suppressions d’effectifs dans les services publics, baisse importante des salaires des fonctionnaires, gel des pensions et report de deux ans de l’âge de la retraite, voilà les mesures que les classes populaires devraient prendre de plein fouet. Dans un pays où 30 % des jeunes sont au chômage, où le salaire minimum est de 700 euros, où 60 % des retraités ont moins de 600 euros pour vivre alors que les prix sont à peu près les mêmes qu’en Allemagne ou en France, c’est un programme qui enfonce la tête des gens sous l’eau. Décidé pourtant avec la bénédiction du gouvernement socialiste de la Grèce, comme évidemment de Strauss-Kahn qui trône à la tête du FMI. Bref, ce que les banques et les Etats de l’Union demandent à la Grèce, c’est de rétablir la confiance des marchés… en accroissant la pauvreté de la population. Car pour Merkel ou Sarkozy, le problème était surtout d’afficher une fermeté censée améliorer la confiance dans un euro ébranlé par les déficits des Etats.
Car ces gouvernants européens ont du culot à présenter la Grèce comme la cigale de l’Europe, imprévoyante et vivant au dessus de ses moyens. L’Etat grec est loin d’être le plus endetté du monde. Avec quelque 230 milliards d’euros de déficit déclaré, il est loin par exemple des 1500 milliards de dette de l’Etat français, et ne parlons pas de la dette américaine. C’est que les grandes puissances impérialistes sont les premières à avoir pillé leurs caisses étatiques à la suite de la crise financière de 2008, pour « sauver » leurs capitalistes. Ils sont saufs ! Les bourses mondiales sont reparties à la hausse. En France les actionnaires des entreprises du CAC 40 devraient palper 35,5 milliards d’euros de dividendes en 2010 (un peu plus qu’en 2009 et presque autant qu’en 2008 !). Maintenant, c’est en supportant des programmes d’austérité que les travailleurs devraient payer les déficits creusés pour renflouer les mastodontes de l’industrie et de la finance. Intérêts et capital, car les « services » de la dette – à des banques et organismes financiers aidés par ailleurs – plombent les budgets. Et de commencer donc par étrangler… les classes populaires des pays les plus fragiles ! La Grèce n’est pas la seule dans le collimateur : le Portugal et l’Espagne sont aujourd’hui sur la sellette et la France pourrait bien l’être demain.
C’était sans compter sur la réactivité de la population grecque. Depuis deux mois, par des journées de grève générale, elle montre sa détermination à refuser de payer pour une dette qui n’est pas la sienne. Le 24 février, puis le 11 mars, le pays a été totalement paralysé, des chemins de fer jusqu’aux ferries pour les îles grecques. Des manifestations massives ont rassemblé des dizaines de milliers de jeunes, de salariés et retraités, toutes catégories et secteurs confondus, jusqu’aux policiers qui protestaient eux aussi contre les coupes salariales. Une nouvelle journée devrait avoir lieu en avril. Mais les deux grandes directions syndicales, du public et du privé, étroitement liées aux socialistes qui gouvernent, cherchent davantage à donner un échappatoire à la colère, qu’une perspective. Les travailleurs auraient tort de leur faire entière confiance.
La colère populaire qui s’exprime en Grèce sous forme de jours de grève générale, est celle qui s’exprime ici aussi, depuis des mois, sous forme d’une multitude de grèves isolées. Il faudra bien en arriver à un embrasement général, à une riposte collective contre patrons et gouvernants qui à l’échelle européenne et sous l’égide des huissiers et vautours du FMI, s’organisent pour exercer le racket du monde du travail.